The Secretariat of the African, Caribbean and Pacific Group of States

Speech of Mrs Annemie Turtelboom, Minister for Migration and Asylum Policies at the 2nd Meeting of ACP Ministers in Charge of Asylum, Migration and Mobility


Excellencies,
Ladies en Gentleman,
Dear colleagues,

La migration est un phénomène de tout temps. La globalisation croissante, les moyens de communication et de transport toujours plus rapides donnent lieu a sans cesse plus de migrations. L’abîme croissant entre le Nord et le Sud est également générateur de flux migratoires.

Ceux qui pensent pouvoir encore stopper ou freiner cette migration par des mesures exclusivement répressives se trompent. Ceux qui pensent que la migration est un problème voire un danger, se trompent également. La migration n’est pas une fatalité. Elle est un défi, une opportunité. Notre mission, ma mission est la mise en place des conditions pour la réalisation d’une réelle politique d’immigration. Pour cela, Il faut l’organiser, la gérer de manière telle qu’elle soit source de bénéfice pour tout le monde : le migrant, le pays d’origine et le pays de destination. C’est ce que j’appelle une situation de triple win/win.

Les migrations ont d’importantes conséquences sur la croissance et le bien-être dans les pays d’origine. Chaque année, on compte plus de 200 millions de migrants dans le monde. Cette migration contribue également à des transferts de fonds vers les pays en développement dont le montant total est estimé à 301billion US$ en 2006.
Ce sont également les diasporas qui développent les liens humains entre les deux continents, en même temps qu’elles constituent une source de revenus financiers pour le continent africain. Si l’émigration qualifiée a des effets négatifs sur le développement, l’émigration globale a des effets compensatoires positifs grâce aux diasporas. Ces transferts privés ont aussi un effet sur la diminution de la proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté.

S’agissant des pays de destination, je plaide pour la promotion d’un système de migration légale ou encore de migration économique. La situation que connaissent les marchés du travail dans l'UE dès à présent, ainsi que les perspectives, peuvent être présentées comme un scénario où prévalent les besoins de main-d'œuvre. Ce phénomène touche tout l'éventail des qualifications, depuis les travailleurs non qualifiés jusqu'aux professionnels ayant suivi une formation universitaire. La Belgique s’inscrit dans ce scénario. En 2050, la population active diminuera de 360 000 individus. Si la Belgique fermait hermétiquement ses frontières à l’immigration, le déficit s’élèverait à 984.000 personnes, soit une baisse de 23% de sa population active.

As far as the migrant is concerned, I want to quote the words of the Secretary-General of the United Nations, Mister Ban Ki-moon during the first meeting of the Global Forum on Migration and Development: « Migration does not concern just richness and poverty, but also the kind of society in which we want to live. We have a unique opportunity to help shape them, for the goodness of future generations ». The migrant is an actor of development for his host country as well as his home country.

By better taking into account the interests of all the parties concerned by migration, we were able to come, at the end of 2006, to what we call the global approach to migration. Concretely, the aim is to implement a number of complementary measures in four fields: 1) an efficient policy against illegal immigration, 2) a realistic approach to economic migration, 3) a voluntarist development policy, and 4) a more efficient integration policy.

Before 2006, Europe looked at migration from a defensive point of view. However, this approach had its limits: the number of migrants who try to enter our countries - legally and illegally – continues growing, the smugglers of human beings act increasingly boldly, whereas prospects for a better future are lacking in the home countries.

En tant que Ministre de la politique de migration et d’asile, je ne plaide certainement pas pour l’abandon ou la réduction de ces mesures défensives. Tout au contraire, je souhaite les renforcer pour une meilleure lutte contre l’immigration clandestine, la traite et le trafic d’être humains, le travail au noir. Pour cela, je travaille tant au niveau national qu’européen, à une politique d’éloignement plus opérationnelle, une politique de visas plus solidaire entre Etats membres et une gestion mieux intégrée des frontières extérieures. La Belgique a récemment modifié sa procédure d’asile afin d’offrir aux demandeurs une procédure rapide, efficace et respectueuse des droits de l’homme. Cela évitera dans le futur que des demandeurs d’asile qui seraient déboutés, ne restent dans l’incertitude durant un laps de temps trop long et qu’il soit alors difficile d’envisager un retour vers leur pays d’origine.

Mais, nous savons que ces seules mesures défensives ne suffisent pas. Nous devons parallèlement à ces mesures plus défensives, développer davantage les synergies entre migration et développement et ce, dans le respect des objectifs prioritaires de chacune de ces politiques. En d’autres mots, il ne s’agit pas d’instrumentaliser l’une au détriment ou profit de l’autre.

Parallèlement à ces nouvelles opportunités de migrations légales, nous devons, ensemble, développer des mécanismes visant à limiter les effets négatifs du phénomène de brain drain. Cela  suppose un dialogue transparent et une concertation avec les pays d’origine. Concrètement, il s’agit notamment de mieux encadrer les activités de recrutement de travailleurs dans les pays en développement particulièrement  dans les secteurs sensibles comme celui de la santé. Ou encore en favorisant la migration circulaire qui facilite les allers-retours entre le pays d’origine et  le pays d’accueil et qui permettent ainsi des transferts de connaissance. C’est d’ailleurs dans cet esprit que l’Union européenne s’est inscrite dans le cadre de son projet de blue card.

Ce projet d’organiser la migration économique constitue une alternative à la migration illégale de travailleurs migrant et s’inscrit ainsi dans l’ensemble des mesures visant à lutter contre le travail au noir. Il existe, en effet, une demande de travailleurs dans les Etats membres ce qui constitue un facteur attractif pour les migrants. Or faute de mesures adoptées par les Etats membres pour organiser légalement cette migration économique, cette migration est et restera illégale. En d’autres termes, elle restera le fait de trafiquants d’êtres humains qui forcent les migrants à travailler dans des conditions de travail déplorables ce qui cause un développement d’un marché du travail parallèle et souterrain.

 

Les ressources consacrées au développement doivent rester axées sur l’objectif central du développement que constituent la réduction de la pauvreté dans le monde et les autres objectifs de développement notamment tels que développes dans la déclaration du Millénaire. 

Par ces synergies, j’entends, d’une part, s’efforcer de parvenir à un développement durable et assurer un meilleur équilibre économique entre pays développés et pays en développement afin d’influencer les mouvements migratoires de manière telle que la décision de rester dans son pays soit pour chacun une option viable. D’autre part, il faut examiner comment la migration peut devenir un outil visant à combattre la pauvreté dans les pays d’origine. La Migration sera ainsi mieux acceptée et son impact positif sur le renforcement des liens entre pays d’accueil et  pays d’origine mieux reconnu.

Ces précisions peuvent faire sourire certains tant elles paraissent évidentes, mais force est de constater que malgré tous nos efforts pour lever les ambiguïtés et tabous, il reste parfois difficile de faire évoluer ce débat vers des actions plus concrètes. C’est une raison pour laquelle la Belgique s’est tellement investie dans cette initiative qui vise à promouvoir un rapprochement entre les politiques mais surtout entre les acteurs de la migration et du développement du Nord et du Sud.

C’est, conscient des nouveaux défis que génère cette volonté de mettre en place un système de gestion des migrations contrôlées, que le gouvernement belge a décidé de nommer un, et en l’occurrence une Ministre, spécifiquement chargée de la politique d’asile et d’immigration.

L’une de mes priorités sera de poursuivre et de renforcer la coopération avec les Ministres des Affaires étrangères et de la Coopération au Développement pour concrétiser davantage ces synergies.

Le retour volontaire assisté est souvent la seule solution à la situation de détresse que rencontrent les migrants bloqués ou les victimes du trafic qui désirent ou qui doivent retourner dans leur pays mais qui ne disposent pas de moyens suffisants pour le faire. Les conséquences du non-retour rapide peuvent être graves pour les migrants et sont à l’origine de lourdes pressions à l’encontre des pays de transit et de destination. Créer de faux espoirs dans les pays d’origine peut engendrer des situations extrêmes de sans-papiers faisant la grève de la faim, etc.

C’est pour toutes ces raisons que je souhaite que la Belgique reste très active dans ce domaine et continue de jouer ce rôle pionnier tant dans des fora comme celui du deuxième Forum de Manille fin octobre 2008 où je représenterai d’ailleurs la Belgique mais aussi et surtout sur  le terrain. Le forum doit continuer de nous inspirer pour que demain, ces discours et engagements en matière de migration et de développement soient assortis d’effets positifs pour tous.

Je vous remercie pour votre attention.
Annemie Turtelboom

 


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