Secrétariat du Groupe des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique

La Déclaration de Kisumu sur le sucre


Préambule

1. Les ministres représentant les Etats ACP signataires du Protocole ACP-UE sur le sucre et les PMA fournisseurs de sucre au titre de l’Initiative « TSA » se sont réunis à Kisumu (Kenya) du 22 au 25 septembre 2005, à l’occasion de la 9ème Conférence ministérielle spéciale ACP sur le sucre en vue d’examiner des stratégies visant à promouvoir le développement durable de leurs industries sucrières, notamment à la lumière des propositions radicales de la Commission européenne pour réformer le régime communautaire du sucre.

2. Les ministres ont noté que les Etats ACP et les PMA ont toujours été prêts à travailler avec l’Union européenne dans toutes les enceintes appropriées pour examiner des stratégies destinées à promouvoir leur développement socio-économique durable grâce au commerce, en particulier du sucre, conformément à l’Accord de Cotonou et d’autres instruments contraignants. Ils ont déploré l’absence de progrès enregistré jusqu’ici et indiqué qu’une occasion de réaliser le développement durable était en train d’être perdue, ce qui aura des conséquences très négatives.

3. Les ministres sont conscients de la nécessité de réformer le régime communautaire du sucre, mais regrettent que jusqu’à présent, il n’ait été tenu aucun compte des préoccupations des Etats ACP et des PMA.

4. Les ministres reconnaissent que les industries sucrières ACP/PMA doivent être réformées afin d’être plus compétitives.

5. Ils considèrent toutefois que la proposition UE de réforme est déséquilibrée et discriminatoire envers les ACP. Le manque de cohérence des politiques communautaires compromet la capacité de ces pays d’utiliser le commerce comme un moyen d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement.

6. Les ministres se sont dit préoccupés par le fait que, sous sa forme actuelle, la proposition de la Commission aura des conséquences très graves, y compris la destruction de leurs industries sucrières, ce qui entraînera des effets dévastateurs sur les Etats ACP et PMA, notamment sur leur tissu social, l’emploi, la sécurité et la réalisation des OMD à laquelle les Etats ACP et les Etats membres de l’UE attachent la plus haute importance.

7. Les ministres estiment que certains aspects de la proposition de la Commission sont incompatibles avec les dispositions du Protocole sur le sucre et exhortent la Commission européenne à garantir le respect de ces dispositions.

8. Les ministres prennent note du fait que l’offre de mesures d’accompagnement de la Commission en faveur des Etats ACP, d’un montant de 40 millions d’euros la première année et d’un montant non précisé les années suivantes, est tout à fait insuffisante pour donner aux Etats ACP les garanties fermes nécessaires pour moderniser, restructurer et améliorer leur compétitivité. A cet égard, les ministres notent en outre que, selon le Royaume-Uni, 100 millions d’euros seront nécessaires la première année et, les années suivantes, 500 millions d’euros chaque année.

9. Les ministres ont rejeté l’argument de la Commission selon lequel l’ouverture du marché communautaire aux PMA dans le cadre de l’Initiative « TSA » impose les baisse drastiques de prix proposées. Ils ont également noté que ces baisses si importantes des prix vont bien au-delà de ce qui est exigé de l’UE pour honorer les engagements qu’elle sera probablement amenée à prendre à l’OMC. Ils ont de plus noté leur inquiétude devant l’absence de mesures d’accompagnement spécifiques en faveur des PMA dans le cadre de l’Initiative « TSA ».

10. Les ministres ont regretté que le mini sommet sur le sucre à New York demandé par le Président du Mozambique, en sa qualité de Président du Sommet ACP, n’ait pas eu lieu.

11. Ils se sont félicités de la solidarité et du soutien manifestés par un grand nombre de parlementaires, certains Etats membres de l’UE, des ONG et la société civile qui se sont également vigoureusement opposés aux propositions de réforme de la Commission.

Décisions

12. Les ministres ont noté que St-Kitts-et-Nevis, Etat ACP signataire du Protocole sur le sucre, a été contraint d’arrêter sa production de sucre destiné à l’exportation, puisqu’en raison de la baisse de 39% du prix du sucre proposée par la Commission cette production ne serait plus rentable. Les ministres ont demandé instamment à la Commission européenne de fournir immédiatement à St-Kitts-et-Nevis un appui budgétaire pour l’exercice 2006, appui nécessaire tant pour accompagner le processus de transition que pour assurer une diversification et une adaptation plus large, comme indiqué dans le Plan d’action.

13. Les ministres ont convenu de la nécessité de restructurer leurs industries du sucre, mais que la réforme doit être menée à leur propre rythme, en tenant compte des spécificités de chaque industrie et de chaque pays. Ils ont réaffirmé leur souveraineté et leur capacité à prendre leurs propres décisions, pour le bien de leurs populations, et demandent à l’UE de donner à ses délégations nationales un mandat clair pour jouer un rôle de soutien dans le cadre de ce mandat et ce, dans l’esprit du partenariat ACP-UE, tout en procédant à l’examen des mesures d’accompagnement

14. Les ministres ont réitéré leur engagement à appuyer la coopération intra-ACP en ce qui concerne la restructuration et le développement de leurs industries du sucre. Ils ont convenu de donner au groupe consultatif mandat d’examiner la proposition du Commissaire chargé du Développement, M. Michel, relative à la nomination d’un consultant pour revoir les propositions ACP sur la coopération intra-ACP en matière de recherche-développement

15. Les ministres ont estimé qu’il serait souhaitable de parvenir à un accord sur la réforme du secteur UE du sucre après la Conférence ministérielle de Hong Kong. Ils ont convenu que les Etats ACP et les PMA participeront activement et efficacement aux négociations à l’OMC avant et après la Conférence ministérielle à Hong Kong. Ils ont également convenu que les ACP et les PMA poursuivront une stratégie active de construction d’alliances à l’OMC et qu’ils travailleront avec les parties concernées à la réactivation du G90.

16. Les ministres ont reconnu les efforts menés dans le cadre des missions ministérielles de sensibilisation et ceux des ambassadeurs ACP et PMA. Ils ont dès lors convenu à l’unanimité de la nécessité d’une réunion d’urgence au plus haut niveau entre les chefs d’Etat ACP et PMA, le Président de la Commission, M. Barroso, le Président du Conseil UE, M. Tony Blair et le Président du Parlement européen, en vue de dégager une solution acceptable pour tous les acteurs concernés du régime UE sur le sucre.

17. Les ministres ont vivement apprécié l’offre du vice-Président de la République du Kenya, l’Honorable Dr Moody Awori, de porter d’urgence la présente Déclaration à l’attention de S E. Mwai Kibaki, Président du pays hôte de la 9ème Conférence ministérielle spéciale sur le sucre et de procéder à des consultations avec le Président du Conseil ACP et tous les chefs d’Etat ACP et PMA afin de faciliter un dialogue immédiat au plus haut niveau.

18. Le Président de la 9ème Conférence ministérielle spéciale ACP sur le sucre, le ministre Arvin Boolell a, au nom de toutes les délégations, remercié le gouvernement et le peuple kenyan pour la chaleur et la générosité de leur accueil et les excellentes dispositions prises pour la conférence.

Kisumu (Kenya), 25 septembre 2005


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