The Secretariat of the African, Caribbean and Pacific Group of States

QUESTIONS RELATIVES A LA CHAINE DES VALEURS

Genève, le 27 avril 2007 - Si les producteurs, tels que les cultivateurs, n'ont pas vraiment profité de l'augmentation de la demande mondiale de produits de base, c'est que l'essentiel des bénéfices est récupéré par les derniers acteurs de la chaîne des valeurs. Il y a plusieurs moyens de permettre à ceux qui sont les véritables producteurs de mieux gagner leur vie. Il est par exemple possible d'améliorer l'entrée sur les marchés, le fonctionnement des marchés intérieurs et régionaux et de permettre aux producteurs de faire eux-mêmes plus d'opérations à "valeur ajoutée".

Par "chaîne des valeurs" il faut entendre "la gamme complète des activités de production interdépendantes réalisées par des sociétés dans différents lieux géographiques pour sortir un produit ou un service depuis sa conception jusqu'à sa production complète et sa livraison aux consommateurs finals."[i]

Avec la mondialisation et la tendance à la différenciation des produits, les chaînes de valeurs se sont de plus en plus internationalisées tandis que la part des gains s'est de plus en plus concentrée aux derniers échelons de la chaîne; c'est-à-dire vers les activités commerciales qui marquent  la différenciation (conception et commercialisation). Pendant ce temps, les sociétés transnationales se développent et acquièrent davantage d'influence dans le secteur, ce qui engendre d'importantes concentrations de pouvoir. D'où une domination de la chaîne des valeurs par certains types d'acheteurs de produits de base: propriétaires de grandes plantations, conglomérats miniers, sociétés commerciales internationales et groupes de supermarchés multinationaux.

Inversement, les activités du début de la chaîne des valeurs - notamment la production ou l'extraction des matières premières commercialisées - ont pris relativement moins d'importance. La part de leur valeur dans le prix du produit final a régressé (voir Tableau 1 par exemple) et le pouvoir de négociation de ceux qui mènent ces activités a diminué.

Les nations africaines et les pays les moins avancés (PMA) d'autres parties du monde ont souffert de façon disproportionnée de ces tendances. Le Produit intérieur brut (PIB) de ces pays - et leurs recettes d'exportation - dépend souvent très largement de la production ou de l'extraction des produits de base. La libéralisation de l'économie à grande échelle et le fait que les gouvernements aient dans une très large mesure abandonné leurs fonctions de commercialisation et d'appui ont encore affaibli la position des cultivateurs et des autres producteurs de produits de base de ces pays.

Cependant, bien que la situation semble décourageante, la chaîne des valeurs présente l'avantage de permettre d'identifier les moyens de l'améliorer. Trois stratégies distinctes mais interdépendantes sont jugées prometteuses:

i. Entrée sur le marché

Parallèlement aux obstacles classiques au commerce qui touchent souvent les produits agricoles, les producteurs et les transformateurs de produits de base ont du mal à écouler leur production à l'étranger s'ils ne s'intègrent pas dans les chaînes établies par les grandes entreprises. Cette intégration n'est pas aisée. Ces dernières années, les exigences des grands acheteurs de produits de base se sont multipliées et couvrent une large gamme de normes de qualité, de prescriptions concernant la traçabilité et de conditions de livraison.  Cette tendance a encore été renforcée par la popularité croissante des étiquettes de durabilité qui certifient les conditions de commerce équitable et des méthodes de production organiques.

Pourtant selon des études récentes réalisées sous l'angle de la chaîne des valeurs, "les petites entreprises peuvent se développer et devenir des sociétés économiques compétitives lorsqu'elles ont des stratégies claires et bien élaborées pour cibler les possibilités du marché et y avoir accès afin de vendre leurs produits"[ii].

Il est possible de faciliter l'accès aux marchés en veillant à ce que les procédures de fixation des normes tiennent mieux compte des préoccupations des pays en développement et en améliorant la capacité des producteurs à respecter les normes. Ceci peut se faire à travers des investissements ciblés et des programmes de renforcement des capacités techniques qui peuvent être lancés par les gouvernements, le secteur privé ou la communauté internationale, souvent dans le cadre de partenariats entre les secteurs public et privé. Ainsi, pour répondre directement aux normes privées "EurepGAP" élaborées par les détaillants européens, le Gouvernement du Kenya, avec la société civile et le secteur privé, a mis au point la norme KenyaGAP, conçue pour adapter le système d'assurance de qualité EurepGAP aux possibilités kenyanes.

ii. Amélioration des marchés intérieurs et régionaux

L'amélioration du fonctionnement des marchés intérieurs et régionaux est une autre manière de renforcer la compétitivité et d'étendre les bénéfices de la croissance fondée sur les produits de base.

Premièrement, ces marchés peuvent servir d'étape intermédiaire efficace pour aider les producteurs et les transformateurs des pays en développement à augmenter leurs opérations commerciales. Le fait d'avoir accès à ces marchés leur permet de produire davantage et de diversifier leur production sans leur imposer les normes et conditions difficiles généralement exigées par les acheteurs des grands marchés développés.

Deuxièmement, la mise en place de réseaux locaux et de groupes de cultivateurs, producteurs et transformateurs de produits de base des pays en développement peut permettre de créer des liens dans les chaînes de valeurs mondiales et d'améliorer leur capacité à résister aux chocs qui, autrement, pourraient les empêcher de livrer leurs produits. Le regroupement des entreprises augmente l'échelle de la production globale et permet de partager connaissances et ressources au sein du groupe.

Le rôle du gouvernement devrait consister à permettre de mettre en place des réseaux et des groupements et à se concentrer sur l'établissement d'un environnement favorable au développement des marchés intérieurs et régionaux. Les gouvernements souhaiteront peut-être aussi offrir des incitations à la formation de marchés, sous forme soit de subventions et de prêts à intérêt peu élevé ou de traitement favorable au niveau des taxes et droits d'exportation pour certaines transactions.

iii. Elévation dans la chaîne des valeurs

Les bénéfices étant de plus en plus concentrés aux derniers échelons de la chaîne des produits de base, il est indispensable que ceux qui se trouvent dans les pays en développement entreprennent des activités à plus forte valeur ajoutée.

Un certain nombre de facteurs déterminent les possibilités de le faire : degré d'intégration verticale dans le secteur, façon dont la chaîne des valeurs est dirigée, appui du gouvernement, possibilités d'accès aux marchés extérieurs et disponibilité de moyens de financement. Lorsque l'entreprise principale dans une chaîne des valeurs exige une série complexe de normes et de conditions relatives aux produits, il est souvent dans son intérêt d'assurer le transfert de technologie et de savoir-faire à ses fournisseurs. Cependant, lorsque les fournisseurs participent à ce processus, ils doivent veiller à ne pas en devenir dépendants -  les coûts élevés imposés pour sortir du système peuvent affaiblir leur pouvoir de négociation, surtout si l'entreprise principale conserve le contrôle de la technologie et des compétences techniques par des accords de brevet rigides.

Sinon, les cultivateurs et autres producteurs peuvent chercher à accéder à un financement de la chaîne des valeurs structuré autour de leur position bien établie au sein d'une chaîne des valeurs solide. Ceci peut leur permettre d'obtenir des flux de financement plus abordables pour financer l'amélioration de leurs activités.[iii]

Les gouvernements aussi ont un rôle à jouer. Des informations sur le marché, la formation, les nouvelles technologies, une meilleure infrastructure et le financement de la recherche et du développement peuvent aider les protagonistes du secteur des produits de base à s'élever dans la chaîne des valeurs. Ces services publics peuvent être centrés sur une amélioration des capacités des sociétés nationales dans le domaine de la conception, commercialisation, production technique et transformation.


Tableau 1. Part des valeurs pour les producteurs de café Robusta, 1980-1988 et 1999-2003

Source: Gilbert, C. (2006) "Analyse de la chaîne des valeurs et puissance du marché dans la transformation des produits de base appliquées aux secteurs du cacao et du café".

Contacts:



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T: +31 20 575 49 56
E:
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Veronica Cassavia (Brasilia)
T: +55 11 8429 2122
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CNUCED, Muriel Scibilia (Genève)

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E: muriel.scibilia@unctad.org
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Joao Paulo Gomes (Brasilia)
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joao.paulo.gomes@undp.org.br
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ACP, Viwanou Gnassounou (Bruxelles)
T: +32 02 743 06 91
E:
viwanou@acp.int
Web:
http://www.acp.int/


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[i] CNUCED (2006) "Chaînes de valeurs mondiales pour renforcer les capacités nationales de production" (TD/B/COM.3/79)

[ii] Humphrey, J. (2003) "Possibilités pour les PME des pays en développement de se moderniser dans une économie mondiale", SEED Document de travail No. 43.

[iii] Voir CNUCED (2005) "Améliorer le financement des produits de base et la gestion des chocs en Afrique" (UNCTAD/DITC/COM/10)


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