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BIOCARBURANTS
Genève, 27 avril 2007 - Du fait des prix du pétrole, bien plus élevés que par le passé, et des inquiétudes grandissantes que suscite le réchauffement climatique, les décideurs politiques et les citoyens sont plus intéressés que jamais à trouver des solutions alternatives au pétrole. Il en était de même lors des chocs pétroliers dans les années 1970. Les biocarburants - carburants issus de la biomasse - peuvent devenir des produits de substitution prometteurs, notamment comme carburant pour le transport et la génération d'énergie. La production de biocarburants est basée sur la production agricole et de ce fait de nombreux pays peuvent en produire facilement. De plus, ce type de production offre d'autres avantages: réduction de la facture des importations pétrolières, meilleure sécurité énergétique et plus grande diversification des sources d'énergie, diversification de la production agricole, développement accéléré des zones rurales, augmentation de l'emploi rural et possibilité d'accroître les revenus d'exportation. Cependant, tous les pays agricoles ne sont pas logés à la même enseigne lorsqu'il s'agit de démarrer la production de biocarburants. La viabilité économique de cette production dépend des rendements des cultures et de l'efficacité du processus de transformation. Le tableau suivant compare l'éthanol produit aux Etats-Unis à partir du maïs et l'éthanol produit au Brésil à partir de la canne à sucre. Comme le montre ce tableau, il est beaucoup plus efficace de produire de l'éthanol à partir de la canne à sucre qu'à partir du maïs, tant d'un point de vue économique que pour réduire l'augmentation des émissions de gaz à effets de serre (GES). La raison en est simple : l'énergie solaire disponible pour les plantes est beaucoup plus importante sous les tropiques que sous un climat tempéré. En outre, le fait que le coût du travail est moins élevé dans des pays en développement comme le Brésil, creuse encore l'écart. M. Claude Mandil, directeur exécutif de l'Agence international de l'énergie a souligné que « [le maïs et la betterave] sont les deux plus mauvaises méthodes imaginables [pour produire de l'éthanol] car, pour être viables au plan commercial, elles doivent être soutenues par des subventions et des barrières commerciales; en outre, leur production requière une grande quantité de pétrole comme intrant, ce qui n'est pas le cas pour l'éthanol produit à partir de canne à sucre et d'autres biocarburants tropicaux. » [i] Les pays en développement ont un avantage compétitif évident pour produire des biocarburants. Il serait donc beaucoup plus efficace que les biocarburants soient produits dans les pays en développement et commercialisés dans un marché ouvert et sans distorsions. Cependant, les producteurs de biocarburants des pays développés reçoivent des subventions et sont protégés par des tarifs douaniers élevés ainsi que par d'autres barrières non tarifaires. La limitation de la taille du marché mondial qui en résulte rend les investissements dans la production de biocarburants dans les pays en développement moins attractifs et risque de retarder l'apparition d'une production viable commercialement. Ceci signifie également que la lutte contre le réchauffement climatique est moins efficace que ce qu'elle pourrait être. Alors que la production de biocarburants utilisant les processus actuels dans les pays développés n'est pas viable économiquement sans subventions et barrières à l'importation, la production de biocarburants dans les pays en développement (ou plus spécifiquement les pays tropicaux) offre des opportunités économiques intéressantes. Quelques préoccupations existent cependant. Elles sont en relation avec des problèmes environnementaux comme la déforestation (il peut ne pas être rentable de devoir défricher une forêt vierge et cela peut conduire à relâcher de grandes quantités de carbone dans l'atmosphère), l'aggravation de la pénurie d'eau et la réduction de la biodiversité. Cela pourrait également poser un problème de sécurité alimentaire car le prix des denrées alimentaires pourraient augmenter du fait d'une concurrence entre les terres consacrées à la production alimentaire et celles utilisées pour l'énergie. Ces préoccupations sont importantes, mais des politiques adaptées peuvent en limiter les impacts. Ainsi, certaines plantes tropicales sont adaptées à la culture sur des zones dégradées qui ne sont pas utilisées à des fins agricoles « classiques ». Le buisson Jatropha en est un exemple : ses graines donnent une huile qui peut être convertie en biodiesel. Cultivé sur des terrains dégradés, ces plantes n'entrent pas en compétition avec la zone forestière ni avec les terres réservées à la production alimentaire. Une gestion appropriée de la terre peut limiter l'extension des terrains agricoles et préserver les zones de forêt primaire. En fait, il existe beaucoup plus de terres disponibles pour la production de biocarburants dans les pays en développement, en particulier en Afrique, que dans les pays développés. Actuellement, ces terres ne sont pas cultivées parce que les populations n'ont pas les moyens de payer les équipements et les intrants, et qu'il n'y a pas de débouchés pour écouler les productions. Enfin, la création de normes et de schémas pour la certification adaptés à la situation des pays en développement peut aider à mettre en place des règles de protection de l'environnement. De plus, des produits certifiés pourraient se voir allouer une prime qui compenserait les efforts supplémentaires consentis par le producteur pour satisfaire aux exigences des normes ou des schémas de certification. La production de biocarburants dans les pays tropicaux peut apporter des bénéfices concrets et conséquents aux communautés rurales, augmenter l'accès à l'énergie, réduire la dépendance énergétique et participer à la lutte contre les changements climatiques. Néanmoins, la production actuelle et les plans d'investissement ne semblent pas suivre la voie la plus logique pour promouvoir la production de biocarburants dans les pays tropicaux (voir figure 1). Tableau 1: Comparaison entre l'éthanol issu du maïs aux Etats-Unis et celui produit à partir de la canne à sucre au Brésil.
Source: Biofuels for transport, IEA, 2004. Figure 1: Production d'éthanol en 2006 en milliard de litres.
Source: Les Echos, 8 mars 2007, p7. Contacts: CFC, Charles Jama (Amsterdam) CNUCED, Muriel Scibilia (Genève) T: +41 22 917 5725 E: muriel.scibilia@unctad.org *** ** *** [i] Interview publiée dans La Tribune, 16 octobre 2006 |


